Littérature française

Le collier rouge – Jean-Christophe Rufin

Dans une petite ville du Berry, écrasée par la chaleur de l’été, en 1919, un héros de la guerre est retenu prisonnier au fond d’une caserne déserte. Devant la porte, son chien tout cabossé aboie jour et nuit. Non loin de là, dans la campagne, une jeune femme usée par le travail de la terre, trop instruite cependant pour être une simple paysanne, attend et espère. Le juge qui arrive pour démêler cette affaire est un aristocrate dont la guerre a fait vaciller les principes. Trois personnages et, au milieu d’eux, un chien, qui détient la clef du drame…

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14 Juillet 1919 dans un petit village du Berry. Première fête nationale de l’après-guerre, l’occasion pour les politiques et les militaires de défiler avec leurs médailles. Quelques poilus sont là lorsqu’éclate un incident causé par l’un d’entre eux, un dénommé Jacques Morlac, revenu du front d’Orient.

L’homme est arrêté sur le temps et emmené en prison, il attend dans une cellule de la prison déserte qu’un juge militaire vienne l’interroger.

La chaleur est écrasante et un chien aboie jour et nuit devant la prison, c’est celui du prévenu et ses aboiements rendent fou Dujeux chargé de le surveiller. Heureusement pour lui, le juge arrive pour interroger Morlac. Le chef d’escadron Hugues Lantier du Grez est un parisien issu de la droite chrétienne qui n’a qu’une hâte, rejoindre les siens, cette affaire signera la fin de sa mobilisation.

Il a fait la Marne et regarde avec un certain mépris ce caporal décoré de la légion d’honneur, planqué selon lui à Salonique. Cependant, la clémence le gagne vite et il veut terminer sa carrière sur un acquittement, il propose alors à l’accusé plusieurs échappatoires que celui-ci refuse obstinément.

Morlac persiste et signe, son geste il en est fier et il veut qu’on entende ce qu’il a à dire : « Mes actes, j’en suis responsable et je ne vois aucune raison de m’en excuser »… Qu’a-t-il pu faire pour atterir dans une geôle ? On ne le saura que dans les dernières pages du livre.

Cela faisait longtemps que je voulais découvrir la plume de Jean-Christophe Rufin, c’est désormais chose faite et cette première lecture ne sera pas la dernière ! J’ai beaucoup aimé le style Rufin mais aussi cette histoire courte mais dense.

L’histoire d’une rencontre entre deux hommes que tout oppose et que seule la guerre a réuni mais aussi l’histoire d’un amour fort entre Morlac et Valentine qui attend son retour depuis la fin de la guerre.

Mais Le collier rouge c’est plus que ça encore. Rufin nous parle de la bêtise de la guerre, des combats, nous raconte le front, les tranchées, les armes qui ne sont faites que pour tuer, les fraternisations, les pacifistes qui se cachaient pour ne pas finir devant le peloton d’exécution.

C’est un long interrogatoire auquel on assiste, à l’issue duquel le juge devra dresser un procès verbal, rendre son verdict. Un interrogatoire qui petit à petit se mue en une conversation, un échange d’idées entre les deux hommes, comme dans La femme aux fleurs de papier de Donato Carrisi.

Lantier est un homme à l’écoute, il va rendre la justice mais avant il enquête sur le passé de Morlac, le confesse en quelque sorte, et veut surtout rendre un verdict objectif et juste. Il se rend compte aussi que dans les campagnes, les militaires n’ont pas bonne presse. Ceux qui ont perdu leurs fils au nom de la patrie se rangent du côté de Morlac et une condamnation ne ferait qu’envenimer les choses.

Jean-Christophe Rufin analyse ici très finement la fidélité sous toutes ses formes et signe avec Le collier rouge un très bon roman tout en pudeur et sensibilité.

heart_4Lu dans le cadre du challenge Première guerre mondiale  :

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