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« J’aimerais faire un voeu mais je ne sais pas lequel… J’essaie de ravaler la boule que j’ai dans la gorge. Je pourrais leur raconter ce qui est arrivé. Comment réagiraient-ils ?  »

Melinda a 15 ans. Un soir d’été, au beau milieu d’une fête, la jeune fille est victime d’un drame. Elle appelle la police. Personne ne saura jamais pourquoi elle a lancé cet appel, ni ce qu’il lui est arrivé cette nuit-là. Tout simplement parce que Melinda, murée dans son silence, ne parvient pas à l’exprimer…

Dès la rentrée scolaire, elle est mise à l’index à cause de ce coup de fil à la police. Ses amies lui ont toutes tourné le dos, ses camarades la harcèlent, ses notes sont en chute libre, ses parents ne comprennent pas ce qu’il se passe mais Melinda continue à garder le silence…

Speak est l’adaptation graphique du roman autobiographique éponyme de Laurie Halse Anderson vendu à plusieurs millions d’exemplaires et traduit dans trente pays.

Je n’ai pas lu le roman, je ne connaissais même pas son existence avant de recevoir ce gros roman graphique de près de 400 pages, mais au vu de son épaisseur, je pense que le travail d’Emily Carroll doit être plutôt fidèle à l’histoire écrite par Laurie Halse Anderson.

Speak raconte une année scolaire, celle de seconde, vécue par l’héroïne, traumatisée par le viol dont elle a été victime, le fameux soir où elle a appelé la police. Mais incapable de faire face à cette douloureuse situation, elle a préféré rentrer chez elle et taire l’agression dont elle avait été victime.

Le sujet est évidemment dur, sensible et bien traité ici car Emily Carroll ne tombe jamais dans le pathos sans pour autant nous épargner pas les conséquences de ce viol pour son héroïne. Certains passages sont durs, heureusement Melinda fait preuve d’un solide sens critique et n’est pas avare d’humour, ce qui l’empêche de sombrer totalement et nous avec elle.

Notre héroïne passe au crible avec une ironie certaine son quotidien de lycéenne, les professeurs, les clubs, la popularité, les relations entre élèves… Le récit sonne toujours juste et vrai, décortique toute la superficialité et la facticité de nos sociétés, de ses codes, de l’hypocrisie dans laquelle on s’enferme parfois, les œillères que l’on met pour ne pas voir ce qui nous dérange ou nous met mal à l’aise.

Les seuls moments où Melinda se sent à sa place, c’est pendant les cours d’art plastique de Mr Freeman, une discipline dans laquelle elle excelle, alors que toutes ses notes dans les autres matières n’en finissent plus de chuter. L’enseignant est anticonformiste, cible d’attaque de la direction du lycée, qui n’apprécie guère ses demandes ni sa popularité auprès des élèves.

Les dessins d’Emily Carroll sont à l’image de la couverture, toujours dans des tonalités de blanc, gris et noir et servent à merveille l’histoire qu’elle nous raconte.

Un roman graphique sensible et touchant qui ne peut que nous émouvoir et un sujet important à aborder auprès du public adolescent. On ne peut que saluer la très bonne initiative de Rue de Sèvres d’avoir édité ce roman graphique et espéré qu’il rencontre un grand succès car il aidera peut-être les personnes victimes de viol à libérer leur parole et à leur entourage à les accompagner au mieux.

Un grand merci à Doriane et aux éditions Rue de Sèvres pour cette lecture importante !

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Anouk, trentenaire parisienne enfermée dans la routine, vient d’apprendre le décès de sa soeur. Pire, celle-ci l’a désignée tutrice de Colette, 7 ans, ceinture noire de maturité et de mélancolie. Alors que la jeune femme craint de se faire dévorer par cette responsabilité imprévue, la petite fille va bousculer toutes ses certitudes. Saura-t-elle être à la hauteur de cette nouvelle relation ?

Anouk est une parisienne d’une trentaine d’années qui s’ennuie ferme dans son job de bibliothécaire qui subit la tyrannie de sa chef. Célibataire, elle vit d’une façon on ne peut plus routinière lorsqu’elle reçoit un coup de fil d’une ancienne amie qui lui apprend le décès de sa sœur.

Lorsqu’elle revient dans le village de son enfance, elle fait la connaissance de Colette, sa nièce de 7 ans, que son père n’a jamais reconnu. Avec le décès de sa mère, sa famille ne compte plus qu’une seule personne : Anouk.

En se rendant chez le notaire, elle apprend que sa sœur lui confie Colette. Impossible pour Anouk qui fuit toute responsabilité de prendre en charge une petite fille, sa vie est à Paris, du moins le croit-elle…

Depuis sa parution en septembre Et puis Colette me faisait vraiment de l’œil, je me suis donc fait une session aussitôt acheté aussitôt lu car je n’avais vraiment pas envie de laisser cette bd croupir dans ma PAL et j’ai bien fait car j’ai passé un très bon moment avec ce titre.

Il faut dire que sur le papier il avait tout pour me plaire de part son sujet signé Sophie Henrionnet que j’avais découvert avec Tout (n’)est (pas du tout) sous contrôle et pour son illustratrice Mathou dont j’avais beaucoup aimé Tout plaquer et aller prendre un bain dont j’apprécie le travail d’une manière générale.

Dans cette bande dessinée feel good, Sophie Henrionnet nous propose une histoire extrêmement touchante et sans pathos, qui traite d’un sujet grave : le deuil. Anouk qui n’avait quasiment aucun contact avec sa sœur depuis le décès de leur père hérite donc d’une nièce dont elle doit assumer l’éducation.

Pour elle qui fuit toute attache, elle n’a pas d’homme dans sa vie et a souffert d’avoir du endosser le rôle d’une mère pour sa jeune sœur, ce deuil est vécu de plein fouet avec le regret de n’avoir pas renoué avec sa sœur et d’être passée à côté de sa nièce pendant si longtemps.

J’ai aimé le fait que cette BD ne s’appesantît pas sur le chagrin des deux protagonistes mais se concentre sur la relation naissante entre Anouk et la petite Colette, deux personnes qui vont apprendre à se connaître peu à peu. La petite Colette, très mature pour son âge, va apprivoiser sa tante et lui montrer que cette vie à deux pourrait marquer un nouveau départ pour Anouk.

Tout est dit, retracé, montré avec légèreté, lucidité, tendresse et beaucoup de douceur. Le récit alterne entre émotion et rires et j’ai pris beaucoup de plaisir à lire l’histoire de Colette et d’Anouk, je ne sais pas si Mathou et Sophie Henrionnet ont prévu une suite mais pour ma part j’aimerai beaucoup retrouver ces deux héroïnes dans un second tome.

Les dessins enfantins et hauts en couleurs de Mathou sont comme toujours très réussis et servent à merveille l’histoire, en égayant les moments tristes que traversent Anouk et Colette et mettent du baume au cœur.

Une bande dessinée sur les deuils et les relations familiales qui se lit avec grand plaisir et qui met en lumière les petits bonheurs de la vie, j’ai beaucoup aimé Et puis Colette même si, c’est mon seul bémol, l’histoire va trop vite à mon goût, j’aurai aimé un peu plus de développement.

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Romance passionnée et passionnante.

1868. Au musée du Louvre, Berthe et Edma Morisot, peintres en devenir, rencontrent le sulfureux Édouard Manet. Impressionnées par son charisme et sa vision de l’art, elles tombent immédiatement sous le charme. Lui-même n’est pas insensible à l’intelligence et à la beauté à la fois ardente et mélancolique de Berthe, qu’il prend très vite pour modèle de nombreuses toiles.

En le fréquentant, celle qui va devenir la première femme impressionniste découvre la personnalité complexe et irrésistiblement attirante du peintre. Véritables alter ego, Édouard et Berthe ne cesseront de s’influencer mutuellement. Alors que Paris change de visage, leur complicité va peu à peu donner naissance à des sentiments plus forts…

Comme vous avez déjà pu le remarquer, j’aime beaucoup découvrir la vie des peintres à travers des romans graphiques. Après Monet, Tamara Lempicka et Gustave Caillebotte, place à Edouard Manet et Berthe Morisot : une passion impressionniste.

À travers un dialogue épistolaire entre Berthe Morisot et sa sœur Edma, Michaël Le Galli et Marie Jaffredo dont j’avais apprécié Les damnés de Paris nous font redécouvrir la vie et l’oeuvre de Edouard Manet, ce chef de file de l’impressionnisme, ami de Baudelaire et de Zola.

Actuellement exposé au musée d’Orsay, Le Balcon présenté au Salon de Paris de 1869 fut à l’origine de leur histoire. La toile représente Berthe et Edma Morisot, accompagnées du peintre Antoine Guillemet. Lors de la présentation de cette toile, l’incompréhension domine. « Fermez les volets ! » ironise le caricaturiste Cham, tandis qu’un critique s’attaque à Manet qui fait « de la concurrence aux peintres en bâtiment ».

Le scénario signé Michael Le Galli nous raconte l’histoire d’amour avortée entre deux peintres de grand talent : Edouard Manet et Berthe Morisot. Manet est déjà marié et multiplie les maîtresses lorsqu’ils se rencontrent et Berthe épousera son frère, Eugène Manet.

Le Galli les imaginent passionnés, voit en Berthe une femme dévorée par la jalousie lorsque Manet ne cache rien de ses aventures, notamment avec Eva Gonzales, une artiste et modèle.

Ont-ils réellement vécu une passion ? Nul ne le sait, Berthe Morisot, reste une femme énigmatique mais l’histoire proposée par le scénariste est agréable à suivre d’autant qu’elle est merveilleusement servie par les dessins de Marie Jaffredot aux couleurs tantôt pastel, tantôt vives (le champ de fleurs), aux tons sépia, lorsqu’on plonge dans le passé d’Édouard.

Manet a en tout cas beaucoup influencé sa belle-sœur, on l’imagine fort bien comme c’est décrit ici la conseiller en matière de couleurs ou de techniques et peut-être l’avait-il pris en effet comme confidente.

J’ai également eu beaucoup de plaisir à croiser d’autres peintres dans le sillage de Courbet, le voir évoquer ses amitiés avec Baudelaire et Zola alors qu’il se promène avec Berthe dans ce Paris bouillonnant d’idées et de monde, comme cela devait l’être à l’époque, et de ce point de vue c’est très réussi également, on sent que les auteurs se sont vraiment penchés sur le sujet et connaissent bien le milieu artistique qu’ils mettent en scène.

Un roman graphique qui ne manque pas d’intérêt pour les passionnés de peinture impressionnisme et que je vous conseille si vous aimez Edouard Manet et Berthe Morisot !

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Lu dans le cadre du Cold Winter Challenge 2018 – PAL CWC : 9/20

La fin de l’année 1979 approche doucement. Les Faldérault ne peuvent pas dire qu’ils en gardent un bon souvenir : Madeleine déteste aussi bien son travail de vendeuse de chaussures que la femme qui l’a engagée, cette pingre de Delmotte, et Garin a proposé à Pierre de reprendre la série « Zagor », celle-là même que Pierre ne peut décidément plus voir en peinture ! Bref, il est vraiment temps que l’année se termine ! Pour se changer les idées, les Faldérault décident de fêter Noël au soleil ! Néanmoins, toute la petite famille ne sera pas de la partie puisque Julie-Jolie reste à la maison pour préparer ses examens. Ce n’est pas non plus du goût de Louis qui avait prévu d’assister au concert de Pink Floyd à Londres et dont les plans sont bouleversés à la dernière seconde. Les voilà donc partis pour des vacances qui s’annoncent mouvementées… surtout lorsque Louis décide de fuguer en cours de route…

Décembre 1979, Mons en Belgique. A l’approche de Noël, le quotidien de la famille Falderault est plutôt morose. L’année a été catastrophique, les vacances d’été une horreur et pour couronner le tout Madeleine en a ras la frange de son job de vendeuse de chaussures et Pierre ne veut plus dessiner pour la série Zagor qu’il a pris en horreur.

Alors pour se faire pardonner les dernières vacances passées sous le crachin breton, le père de famille décide d’emmener sa petite famille direction le sud de la France. Julie-Jolie ne sera pas du voyage, examens de droit obligent, et Louis, qui économise depuis des mois pour assister au concert des Pink Floyd à Londres, fulmine d’être obligé de suivre ses parents et ses sœurs…

Une fois n’est pas coutume, inutile d’attendre juillet pour retrouver la famille Faldérault en route pour la Provence afin de passer des vacances bien méritées, cette fois-ci nous les retrouvons au moment de Noël, prêts à rejoindre leur destination favorite à l’occasion du 5è tome de la série, La fugue.

Rappelez-vous, je vous avais déjà recommandé les tomes précédents de Les beaux étés, une série que j’adore avec Zidrou au scénario et Jordi Lafebre aux manettes : Cap au sud, La calanque, Mamzelle Estérel et Le repos du guerrier.

Et je me réjouissais vraiment de retrouver mes belges préférés à l’occasion des fêtes de Noël dans ce nouvel opus. Hélas pour moi, la magie a nettement moins opéré cette fois-ci et je dois bien avouer que ce 5ème volume est pour moi en dessous des précédents !

J’avais été charmée par les quatre premiers tomes de cette série so nostalgique qui me ramène à chaque fois tout droit en enfance, et je dois avouer que si j’aime toujours autant cette famille attachante et sympathique, je ressors cette fois-ci un peu déçue de cette histoire que j’ai trouvé moins fun et délirante.

Ce nouvel opus n’est pas mauvais en soit, les dessins de Jordi Lafebre sont toujours aussi bons, on n’a pas le temps de s’ennuyer mais il n’y a pas de grande surprise ou de bonheur au menu du scénario mitonné par Zidrou, l’histoire tourne en rond par rapport aux tomes précédents et se révèle plate et plutôt fade. Et la nouvelle illustrée qui clôt l’album n’est pas exceptionnelle non plus.

J’espère que cette baisse de forme du scénariste ne se prolongera pas au-delà de cet opus car je n’aimerai pas que cette série s’essouffle au point de devoir l’abandonner, je verrai donc ce que donnera le tome 6 car je compte bien lui donner sa chance.

Vous l’aurez compris, je suis un brin déçue par ce 5è tome mais je serai ravie de retrouver Les beaux étés l’année prochaine car retrouver les Faldérault, c’est un peu retrouver sa famille, une atmosphère chaleureuse, jubilatoire et délicieusement barrée matinée d’une bonne dose de nostalgique, que j’adore.

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Alors quoi ? On oublie tout ça ? Les italiens ? Les polonais ? Les arméniens ? Les 600 000 tirailleurs sénégalais ? C’est tout le pays qu’a Alzheimer ou quoi ?!? On est 500 millions de guignols en Europe et on veut nous faire croire qu’on peut pas accueillir 1 million de pauvres gens ? ça fait même pas un par village !

Retour à Paris pour Antoine, Mimile et Juliette. Le plan est simple : ramener Juliette auprès de sa mère, puis filer au Stade de France pour assister au match de rugby France-Australie. C’est du moins ce qui est prévu…

Mais, désireuse de voir son père et son grand-père se rabibocher, Sophie les oblige à s’occuper ensemble de Juliette jusqu’au lendemain. Mimile ne peut donc compter que sur Pierrot pour l’accompagner au match.

Or, Pierrot l’anarchiste mène un nouveau combat : il s’est engagé en faveur des migrants. Alors vous pensez bien qu’assister à un match opposant la France, qui refuse d’accueillir les migrants, à l’Australie, qui ne pense qu’à les entasser dans des camps, bafouant ainsi les droits de l’homme, c’est hors de question !

Mimile n’a plus pour seule compagnie que ses désillusions… Et si lui aussi était bon pour l’asile?

Suite directe des quatre précédents opus Ceux qui restent, Bonny and Pierrot, Celui qui part et La magicienne, ce cinquième volume prénommé Bons pour l’asile signe mes retrouvailles avec ce trio de papys comme les autres qui me fait bien rire à chaque opus, il faut bien l’avouer.

Wilfrid Lupano nous emmène cette fois-ci à Paris où Pierrot est toujours autant engagé avec ses potes de Ni yeux ni maître, cette fois-ci au profit des migrants ! Quant à Mimile et Antoine, qui avaient prévu d’aller voir un match de rugby au stade de France, pour eux, rien ne se passe comme prévu. Sophie est nettement moins présente car elle est plutôt dans les coulisses, bien décidée à resserrer les liens familiaux pour le bien de sa petite Juliette.

Lupano et Cauuet se penchent cette fois-ci sur l’actualité qui est au centre du récit, à savoir les migrants. L’album démarre sur les chapeaux de roues avec une manifestation de Pierrot et de ses amis devant l’ambassade de Suisse, réclamant l’exil fiscal ! Une ouverture hilarante qui donne le ton d’emblée.

L’immeuble qu’occupent Pierrot et le collectif militant « Ni Yeux Ni Maître » qui jouent les trouble-fête chez les riches et les patrons de droite, ont mis un coup d’accélérateur à leur cause en hébergeant des sans-papiers, sous la férule de Fanfan, plus en verve que jamais et qui démontre à un Mimile héberlué sa façon de penser.

Au-delà du récit social qui fait réfléchir, on continue de voir évoluer nos papys au grand cœur et la petite famille d’Antoine même si cette fois-ci elle passe clairement au second plan. J’ai apprécié que l’on mette en lumière Mimile qui va mimiliter à sa façon !

Un cinquième tome très bon même si j’aurai préféré que l’on voit davantage Sophie, un personnage que j’aime beaucoup et qui est très en retrait ici. Les saillies de Lupano font toujours mouche, les dialogues toujours aussi ciselés, décapants et savoureux, avec comme d’habitude une bonne dose de critique sociale, des personnages ronchons et hauts en couleur et des situations bien cocasses.

Une série décidément excellente qu’il faut lire absolument si vous ne la connaissez pas encore et dont il me tarde désormais de lire le tome 6 lorsqu’il paraitra. Et vous, vous aimez les vieux fourneaux ?

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Paris, 1875. Alors que ses Raboteurs de parquet sont refusés par le jury de l’Académie des Beaux-Arts, Gustave Caillebotte est invité à exposer aux côtés des « intransigeants ». Ce groupe de peintres réunissant des artistes comme Monet, Manet, Renoir, Pissarro ou Degas tous refusés au Salon de Paris possède en commun une vision moderne de l’art. Privilégiant les sensations, élargissant le choix des sujets, des compositions et des couleurs, ceux que les critiques nomment avec mépris les « impressionnistes » marquent une véritable rupture avec l’académisme. Collectionneur et mécène, Caillebotte participera à l’essor de ce courant naissant en finançant ses amis et organisant des expositions. Artiste original et audacieux, il en peindra également quelques-uns de ses plus grands chefs-d’oeuvre…

Retracer une partie de la vie du peintre Gustave Caillebotte sous le biais d’un roman graphique, voici ce que nous propose le scénariste et dessinateur Laurent Colonnier, auteur du très remarqué Georges & Tchang.

L’impressionnisme est mon courant pictural préféré. Lorsque je travaillais à Paris, j’adorais arpenter les salles qui lui sont consacrées au musée d’Orsay. Je ne me lasse pas de regarder les toiles de Monet, Pissaro, Renoir, Sisley, Cézanne, Degas, Caillebotte ou Berthe Morisot.

Cette biographie graphique commence au moment où le jury de l’Académie des Beaux-Arts refuse son chef d’œuvre, les Raboteurs de parquet, refus qui signe son entrée dans le club des Impressionnistes, qui vont fonder un salon parallèle, celui des refusés, financé par Caillebotte lui-même, à la tête d’une fortune qu’il mettait volontiers au service de ses amis.

Passionné par l’œuvre de Gustave Caillebotte, Laurent Colonnier signe ici une biographie respectueuse et fidèle de l’artiste, en même temps qu’un portrait tout en nuance de cette période charnière de l’histoire de l’Art : celle de la naissance de l’impressionnisme et des débuts de l’art moderne.

L’histoire qu’il nous propose est intéressante, truffée d’anecdotes savoureuses, bien documentée, un très bon travail de Laurent Colonnier grâce à qui j’ai pu découvrir Caillebotte intime, peintre et philanthrope.

L’auteur s’attache à nous montrer comment travaillait cet artiste longtemps resté dans l’ombre de ses camarades car il a fallu attendre 1994, soit un siècle après son décès, pour voir une rétrospective de ses œuvres !

Caillebotte était pourtant un visionnaire qui travaillait différemment de ses amis : il cherchait ses motifs à l’extérieur, mais réalisait ses croquis, retravaillait ses esquisses à l’atelier. On est frappé de voir la modernité de son oeuvre, de ses cadrages et de ses sujets, c’est aussi lui qui a fait entrer la vie urbaine dans la peinture

Dans les années 1890, il est influencé par le courant japoniste et de son vivant, il est fréquemment exposé aux Etats-Unis.

Laurent Colonnier rappelle, qu’outre ses talents de peintre, Caillebotte était aussi un mécène au goût très sûr, qui était souvent le premier acheteur de ses amis impressionnistes. Il a notamment beaucoup aidé financièrement Claude Monet, toujours sans le sou, en lui payant le loyer de son atelier et en achetant ses peintures.

Eternel célibataire, il a fait don d’une partie de ses oeuvres et celles de ses amis à travers un legs au Louvre. Grâce à lui nous pouvons admirer 69 peintures impressionnistes qui seraient certainement aujourd’hui chez des particuliers ou dans les musées américains.

Une figure très intéressante et altruiste, grand amateur de frégate, qui mérite qu’on s’intéresse de plus près à sa vie et à son œuvre.

Vous l’aurez compris je ne peux que vous recommander Gustave Caillebotte un rapin chez rupins si vous vous intéressez à l’art du XIXè et le mouvement impressionniste en particulier !

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Mathilde, Parisienne de 27 ans, débarque au Kirghizistan envoyée par l’OSCE. Sa mission consiste à veiller au bon déroulement du processus démocratique des premières élections présidentielles libres. Sur place, elle découvre la beauté de cette ancienne terre soviétique mais aussi le manque de moyens et les infrastructures d’un autre temps. Lorsqu’elle réalise que les élections sont déjà jouées, la jeune femme fait une rencontre décisive. Quand les idéaux vacillent, doit-on choisir un autre combat… au risque de se compromettre ?

Paris, 2005. Mathilde, une parisienne de 27 ans, enchaîne les petits boulots et les stages en dépit d’un master en droit international et vit une histoire d’amour insatisfaisante avec Paul, son ex professeur de droit.

Celui-ci lui propose de l’accompagner au Kirghizistan en tant qu’observatrice pour l’OSCE. L’Organisation pour la Sécurité et la Coopération en Europe a pour mission de contrôler la bonne tenue des premières élections présidentielles libres dans l’ex satellite de l’Union Soviétique et de vérifier le respect des procédures et des critères démocratiques.

Ses études en droit international et son excellente connaissance du russe, sont toutes indiquées pour mener à bien cette mission et Mathilde accepte avec enthousiasme, d’autant qu’elle compte bien profiter de l’occasion pour faire des photographies des habitants de cette région du monde.

A son arrivée, elle est chargée de rejoindre la province de Naryn où elle va faire équipe avec un autre observateur français et Nina, leur interprète kirghize. Sur place, ses idéaux vont vaciller et une rencontre va être décisive, Mathilde va-t-elle choisir un autre combat quitte à se compromettre pour aider la population ?

Avec L’observatrice, Emmanuel Hamon et Damien Vidal nous font vivre les premières élections kirghizes libres qui eurent lieu le 10 juillet 2005, enfin libres jusqu’à un certain point puisqu’un seul homme s’est porté candidat et que l’opposition est aux abonnés absents.

A travers Mathilde, nous faisons la connaissance de ce pays d’Europe centrale indépendant depuis 1991, très peu connu des français et nous découvrons les paysages et les campagnes encerclées par les montagnes, le manque de moyens, les populations nomades, les infrastructures datant de l’ère soviétique…

Très vite, notre héroïne réalise que les élections sont déjà jouées, la corruption est reine et le candidat Bakiev tient les populations, les abreuvant de promesses, de vodka et de mauvais chocolats tandis que la présence bienveillante des observateurs occidentaux s’apparente plutôt à une mascarade. On se rend très vite compte en effet que la démocratie ne peut d’emblée être appliquée partout même si les intentions sont louables.

Outre les agents de l’OSCE présents sur place, Mathilde, s’aperçoit que des émissaires de sociétés privées venant d’Amérique mais aussi de plusieurs pays européens, prennent des contacts afin de récupérer des nouveaux marchés dans cet état sur le point de s’ouvrir au capitalisme.

Le scénario proposé par les auteurs est très crédible et nous embarque sans mal au cœur de ce pays, d’autant que les dessins contribuent beaucoup à cette atmosphère réaliste, à la limite du documentaire.

Les personnages sont bien campés et permettent à Emmanuel Hamon et Damien Vidal d’aborder toutes les strates de la société kirghize : de la population de base aux dirigeants, en passant par le personnel de l’OSCE, tout sonne vrai et c’est très intéressant de découvrir cette société avec les yeux de Mathilde et de voir ses idéaux se heurter à la réalité du terrain.

Un grand merci à Rue de Sèvres pour cette lecture instructive et passionnante !

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