Au revoir là-haut – Pierre Lemaitre

Lu dans le cadre du challenge 1 pavé par mois :

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Ils ont miraculeusement survécu au carnage de la Grande Guerre, aux horreurs des tranchées. Albert, un employé modeste qui a tout perdu, et Edouard, un artiste flamboyant devenu une « gueule cassée », comprennent vite pourtant que leur pays ne veut plus d’eux. Désarmés, condamnés à l’exclusion, mais refusant de céder au découragement et à l’amertume, les deux hommes que le destin a réunis imaginent alors une escroquerie d’une audace inouïe…

2 novembre 1918. En ce jour des morts, il ne se passe pas grand chose sur la cote 113 et les rumeurs d’armistice vont bon train. Albert Maillard, ça fait quatre ans que son quotidien c’est de vivre la peur au ventre dans les tranchées, attendant la prochaine attaque.

Sa division est sous les ordres du lieutenant d’Aulnay-Pradelle, un homme de la noblesse qu’il exècre, qui lui fait peur et avec qui, lui l’homme du peuple, n’a rien en commun. Comme il ne se passe rien, le lieutenant envoie deux hommes en reconnaissance dans le No man’s land qui ne reviendront pas vivants et serviront pour le commandement de prétexte à donner l’assaut.

Albert court la peur au ventre sous le bruit de l’artillerie, les bombes font des cratères un peu partout et Albert croise le cadavre des éclaireurs qui ont été tués par des tirs français et non allemands. Stupéfait, il est K.O debout.

Pradelle le suit afin de faire disparaître les corps et envoie Maillard d’un coup de coude dans un cratère. Le soldat est aussitôt recouvert de terre par le souffle d’une nouvelle explosion et enterré vivant.

Il croit sa dernière heure arrivée, gisant par quelques mètres de profondeur en compagnie d’une tête de cheval qui le regarde fixement. Mais c’est alors que la chance lui sourit. Un de ses camarades l’entend et se met à creuser malgré sa blessure à la jambe qui le fait atrocement souffrir et qui le laissera boiteux à vie. Edouard Péricourt parvient à dégager Albert mais reçoit un éclat d’obus.

Maillard est sain et sauf, sans une égratignure, ce qui n’est pas le cas de Péricourt qui se retrouve avec un trou béant en pleine face. Par cette ironie du sort, les deux hommes, pourtant de milieux sociaux très différents, Péricourt étant le fils d’un homme riche et puissant, le comptable et le peintre, sont liés à jamais et Maillard va se démener pour que son sauveur soit pris en charge le plus rapidement possible et dans les meilleures conditions…

Voilà un roman que j’avais envie de lire depuis sa parution en grand format en 2013 et avant son couronnement par l’académie Goncourt la même année. Je me suis donc jetée sur la version poche qui a croupi dans ma PAL deux longues années avant que Belette me propose de le lire avec moi.

Il y a des livres que l’on sait que l’on va adorer et pourtant ils restent dans nos PAL alors que d’autres en sortent très vite. Au revoir là-haut est de ceux-là. J’étais sûre de l’aimer car j’avais apprécié la plume de Pierre Lemaitre lors de ma lecture de Robe de mariée et surtout pour son contexte historique.

Vous ne le savez peut-être pas mais j’affectionne tout particulièrement cette période de notre histoire, non parce que j’adore les guerres, mais parce que je trouve les poilus, qui ont eu une vie si dure dans les tranchées, très touchants.

Et parce que je m’intéresse à un sujet en particulier : le sort des gueules cassées. Un sujet grave et émouvant que l’on retrouve ans plusieurs romans ces dernières années dont le très beau roman de Marc Dugain, La chambre des officiers et que l’on retrouve ici puisque l’un des deux héros, Edouard, se retrouve avec un trou béant en pleine face comme je le disais plus haut.

Fresque cruelle et grand roman sur l’après-guerre de 1914, voilà ce qu’est Au revoir là haut, un récit puissant et évocateur sur la vie des rescapés de celle que l’on a surnommé La der des der. Des hommes traumatisés pour bon nombre d’entre eux, on le serait à moins, et dont on s’est finalement peu souciés, une fois la victoire sur l’Allemagne remportée. Seuls comptaient alors les morts et leurs souvenirs, les vivants étaient eux bien encombrants. C’est ce qui va donner à Edouard l’idée d’une sacrée escroquerie.

Les valides sont retournés autant que possible à la vie civile bien que leurs places étaient prises par d’autres et qu’ils ont souvent connus le chômage. Quant aux fracassés, ceux qui n’avaient plus de visage, amputés d’un ou plusieurs membres ou rendus fous, peu de chance pour eux de vivre une vie normale à nouveau.

Ce roman s’intéresse plus particulièrement à trois personnages : Albert Maillard, le faible à la vie terne, écrasé par une mère toute puissante, qui tremble devant les puissants. Edouard, l’esthète qui menait une vie facile dans l’hôtel particulier de son père, qui refuse toute idée de chirurgie réparatrice et qui va trouver un moyen de se venger de la société. Et Pradelle, dernier né d’une famille noble désormais ruiné qui va profiter de l’après guerre pour faire fortune d’une manière absolument abjecte.

Pierre Lemaitre nous donne à lire l’histoire de ces trois escrocs et pendant plus de 600 pages, et oui c’est une belle brique, on va suivre leurs aventures. Ici pas de longueurs, ce qui est tout de même un exploit au vu de l’épaisseur du roman, c’est au contraire un véritable page-turner. Car ce récit est tellement foisonnant et construit à la manière d’un thriller que l’on ne s’ennuie pas une seconde. Mieux encore, l’auteur qui vient du polar, fait monter la pression sur ces personnage, instille un certain degré de suspens qui va crescendo.

Roman passionnant, fresque d’une rare cruauté, remarquable par son architecture et sa puissance d’évocation, Au revoir là-haut est un grand roman de l’après-guerre de 14 : de l’illusion de l’armistice, de l’État qui glorifie ses disparus et se débarrasse de vivants trop encombrants.

Dans l’atmosphère de ces lendemains qui déchantent, peuplée de lâches reçus en héros, Pierre Lemaitre raconte avec talent le récit de cette génération perdue. Un roman que je vous conseille absolument !

Un grand merci à Belette pour m’avoir accompagné dans cette lecture, vous pouvez retrouver son avis ici.

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25 réflexions sur “Au revoir là-haut – Pierre Lemaitre

  1. Bénédicte dit :

    Iras-tu voir le film qui sort au mois d’octobre ? La bande annonce me faisait très envie. Je ne connais pas encore ce roman, et je n’aurai sans doute pas le temps de le lire avant… Néanmoins, ton avis positif me dit qu’il faut vraiment que je découvre cette intrigue (d’autant qu’on retrouve peu le sort des gueules cassées dans la littérature ou au ciné). Bises Bianca, bonne semaine !

  2. PIERRE dit :

    Je l’ai aussi dans ma PAL depuis des lustres car je suis aussi passionné par la période. Je ne doute pas que vous ne les connaissiez déjà mais au cas où, vu votre intérêt pour 14-18, je me permets de vous conseiller « A l’ouest rien de nouveau » de Remarque, « Les croix de bois » de Dorgelès, « Orages d’acier » de Jünger, « Le feu » de Barbusse et surtout, surtout, « Ceux de 14 » de Genevoix : pour moi, ce dernier est tout simplement magnifique (et d’avance, désolé pour votre PAL).

  3. entrelespages dit :

    Je pense que je le lirai. Par contre, j’ai encore vu la BA du film aujourd’hui et je n’aime pas du tout les masques… (J’ai une peur terrible des poupées, des déguisements…) Mais en lisant, je m’auto-censure. Donc ça devrait aller !

  4. belette2911 dit :

    Merci pour la LC, sinon, il aurait croupi encore des années dans ma PAL alors que je voulais le lire de suite, et moi non plus je ne comprends pas le pourquoi du comment ces livres que l’on veut lire de suite trainent dans les étagères…

    Belle chronique ! 😉 (oui, je suis en retard pour la visite !!) 😛

  5. amaryllis58 dit :

    Un roman avec un sujet très intéressant et grave pour la société de l’époque. Le film sera une occasion de renouer avec l’histoire qui m’avait beaucoup plu. L’écriture est aussi très percutante, cette manière d’être dans les pensées des personnages, notamment dès le début sous terre. Des images très fortes !

  6. maghily dit :

    Haaa que j’avais aimé cette lecture : pour moi, c’était un véritable page-turner.
    Je suis assez curieuse d’en voir l’adaptation cinématographique, pour une fois.

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