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Posts Tagged ‘roman première guerre mondiale’

Ce jour de rentrée, c’est seule qu’elle est arrivée à l’institution Sainte-Jeanne. Adolescente introvertie, Juliette a quitté son village minier et sa mère pour suivre ses études. Toujours sur ses gardes, mal à l’aise, elle ne comprend rien aux conversations blasées et superficielles des élèves  » bien nées « . Aussi s’efforce-t-elle de passer inaperçue. Ce monde tranche tellement avec le sien ! Elle qui travaillait avec sa mère au tri dans la mine où elle a vécu tant d’expériences, des traumatismes même, où elle côtoyait de près l’univers rude des mineurs, comment a-t-elle pu être inscrite dans ce prestigieux établissement ?
Ariane, quatorze ans également, affiche, elle, l’assurance des enfants de son milieu. Elle retrouve ses amies, ses habitudes. C’est juste une rentrée de plus pour elle, malgré tout endeuillée par la disparition de son père,  » mort pour la France  » dans la Somme.

Saint-Etienne, 1917. Ariane et Juliette font leur rentrée dans la très chic institution Sainte-Jeanne, réservée aux jeunes filles de la bourgeoisie locale. Les deux jeunes filles, âgées de 14 ans sont pourtant on ne peut plus différentes. L’une est brune tandis que l’autre est blonde, l’une est extravertie, l’autre s’enferme dans le mutisme.

Mais surtout Ariane est issue d’une grande famille dont le père vient de perdre la vie au front alors que Juliette vient du village minier et n’a que très peu vu son père.

Au fil des mois, elles vont pourtant se rapprocher au point de devenir inséparables et découvrir qu’un secret de famille les unit…

Vous savez combien j’aime les secrets de famille et le début du 20è siècle, j’ai donc été ravie de recevoir Ariane et Juliette de Hubert de Maximy dont j’avais beaucoup aimé son précédent roman Olympe.

Changement de lieu et d’époque pour ce récit, bye bye la Révolution et le Puy en Velais, place à 1917 et à Saint-Etienne. J’ai rarement lu des histoires qui avaient pour cadre des pensionnats et je viens d’en lire deux quasiment coups sur coups mais ici nous sommes très loin de Hanging Rock et de l’Appleyard College, l’atmosphère est très différente.

Au-delà de l’amitié entre les deux adolescentes Ariane et Juliette bien attachantes au demeurant et le quotidien immuable de l’institution Sainte-Jeanne, qui ne sont pas forcément d’un grand intérêt, l’auteur fait la part belle à deux beaux personnages féminins que j’ai beaucoup aimé découvrir : Clémence Dignac et Séverine Garand.

Clémence Dignac a fait un joli mariage mais s’en ai trouvé fort malheureuse. Son mari, Armand, ne cessait de la rabaisser et de se moquer d’elle, au point d’en être devenue distante avec leur fille Ariane. Lorsque celui-ci trouve la mort au front, elle tombe dans une profonde dépression jusqu’à ce qu’elle se rende compte qu’elle est au fond, bien heureuse de son sort.

Ce veuvage va la libérer et elle va oser sortir du carcan imposé aux veuves de guerre de la grande bourgeoisie. Lors d’une visite à l’hôpital, elle va faire une rencontre qui va changer sa vie en la personne de Ferdinand Fraisse, un chirurgien orthopédique.

A partir de là, elle se révèle, au grand dam de son beau-père qui estime qu’elle déshonore la mémoire de son fils mais pour le plus grand plaisir de sa fille, comblée de voir sa maman enfin heureuse.

Grâce à ses deux personnages, Hubert de Maximy va faire rentrer les blessés de guerre dans son récit, véritables laissés pour compte de l’Histoire car revenus vivants du front et surtout porteurs des traces indélébiles laissées par l’ennemi : membres amputés, parties du visage arrachées, gazés, victimes de troubles psychiatriques…

Autre figure féminine très intéressante : Séverine Garand, professeure à l’institution Sainte-Jeanne, une jeune femme déçue par son premier amour et qui a reporté cette déception sur ses études afin de devenir professeure et surtout indépendante de sa famille et d’un homme.

Militante socialiste, elle va s’intégrer au groupe d’éclopés de la guerre que Ferdinand Fraisse a sauvé d’une mort certaine. Confidente de Juliette et d’Ariane, elle va dénouer avec elles les zones d’ombre qui entourent leurs vies.

Vous l’aurez compris, j’ai passé un très bon moment avec ce roman grâce à son tissu historique que Hubert de Maximy, en fin connaisseur, nous rend à merveille, au contexte social très présent avec une lutte des classes et des préjugés qui ont la vie dure chez les pauvres comme chez les riches, et surtout grâce à la belle brochette de personnages bien dessinés que j’ai eu plaisir à suivre jusqu’au dénouement même si pour moi les secrets de famille dont il est question ici sont facilement décelables, c’est le seul point négatif à mon sens.

Un grand merci à Laëtitia et aux Editions Presses de la cité pour cette lecture bien agréable !

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En 1914, Maximilien a quinze ans et rêve de devenir correspondant de guerre. Il va clandestinement se glisser à travers les lignes pour rejoindre  » l’événement « , et en consigner l’essentiel sur ses précieux carnets : le terrible quotidien des poilus, les privations, la saleté, et surtout la mort en direct. Comme tous ses frères d’armes, il subira cette guerre et se rebellera contre l’inacceptable.

Paris, Samedi 1er août 1914 à 4 heures de l’après-midi, tous les clochers de France font entendre un sinistre tocsin : c’est la mobilisation générale !! Quelques minutes plus tôt, l’Allemagne a elle-même décrété la mobilisation générale et déclaré la guerre à la Russie.

La ville est en émoi mais aussi en liesse, enfin les français vont avoir leur revanche et reprendre l’Alsace et la Lorraine et reviendront juste à temps pour fêter Noël.

Maximilien a tout juste quinze ans et vit avec sa grand-mère qui est veuve. Il rêve d’être journaliste mais en attendant, il est vendeur de journaux à la criée pour Le Matin.

Le 30 août, Max comprend que la guerre ne va pas être si rapide que cela et propose au rédacteur en chef du grand quotidien de devenir correspondant de guerre. Il n’aura pas à le payer mais seulement à publier ses articles si il les estime suffisamment bons pour les lecteurs du journal.

Le rédac’ chef refuse, affirmant qu’il est trop jeune et qu’il a assez de journalistes pour couvrir la guerre mais Max, fou de rage, décide de partir quand même pour le front…

Comme vous le savez déjà, j’aime beaucoup lire des romans se passant autour ou pendant la première guerre mondiale. Et en cette année de commémoration, les éditions Gulf Stream ont eu la bonne idée de rééditer Mémoires à vif d’un jeune poilu de quinze ans, initialement paru en 2007.

Ce roman à destination des 9 / 12 ans, recommandé par l’Education Nationale, restitue avec réalisme le quotidien de ceux qui firent la Grande Guerre. Arthur Ténor propose à ses jeunes lecteurs, une véritable plongée dans l’horreur des tranchées, au plus près de la sauvagerie des combats.

Rien ne sera en effet épargné à Maximilien qui verra des hommes tomber au champ d’honneur, foudroyés en plein assaut mais aussi succombant à leurs blessures au coeur du No man’s land. Mais au-delà de l’horreur, l’auteur montre aussi la grande solidarité entre tous ces frères d’armes, qui se serrent les coudes quoiqu’il arrive.

Arthur Ténor montre aussi toute la bêtise de la guerre, les ordres insensés de l’Etat-Major pour tenir un village, une bande de terre, au prix de nombreux morts, la censure et comment la presse était à la botte du gouvernement.

C’est certes un sujet déjà-vu en littérature jeunesse mais la singularité de celui-ci c’est que l’on voit la guerre à travers les yeux d’un adolescent et que ce conflit nous ait dévoilé dans un grand réalisme et un vrai souci d’authenticité.

D’aucuns diront qu’il n’est pas réaliste d’avoir pris un héros aussi jeune. Il n’était pourtant pas rare que de jeunes volontaires mentent sur leur âge pour participer à l’effort de guerre. Il faut avoir en mémoire que le plus jeune soldat mort pendant ce conflit s’appelait Désiré Bianco et qu’il avait à peine 13 ans lorsqu’il trouva la mort le 8 mai 1915 à Gallipoli, dès son premier combat. Il porte à ce titre le matricule numéro Un au sein de la Légion des Mille.

Vous l’aurez compris, j’ai aimé ce court roman que je recommande aux jeunes lecteurs, car il aborde avec intelligence et réalisme la première guerre mondiale à travers les yeux d’un adolescent très attachant, et surtout les difficiles conditions de vie des poilus dans les tranchées.

Un grand merci à Gulf Stream éditeur pour cette lecture très intéressante !

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Lu dans le cadre du challenge 1 pavé par mois :

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Ils ont miraculeusement survécu au carnage de la Grande Guerre, aux horreurs des tranchées. Albert, un employé modeste qui a tout perdu, et Edouard, un artiste flamboyant devenu une « gueule cassée », comprennent vite pourtant que leur pays ne veut plus d’eux. Désarmés, condamnés à l’exclusion, mais refusant de céder au découragement et à l’amertume, les deux hommes que le destin a réunis imaginent alors une escroquerie d’une audace inouïe…

2 novembre 1918. En ce jour des morts, il ne se passe pas grand chose sur la cote 113 et les rumeurs d’armistice vont bon train. Albert Maillard, ça fait quatre ans que son quotidien c’est de vivre la peur au ventre dans les tranchées, attendant la prochaine attaque.

Sa division est sous les ordres du lieutenant d’Aulnay-Pradelle, un homme de la noblesse qu’il exècre, qui lui fait peur et avec qui, lui l’homme du peuple, n’a rien en commun. Comme il ne se passe rien, le lieutenant envoie deux hommes en reconnaissance dans le No man’s land qui ne reviendront pas vivants et serviront pour le commandement de prétexte à donner l’assaut.

Albert court la peur au ventre sous le bruit de l’artillerie, les bombes font des cratères un peu partout et Albert croise le cadavre des éclaireurs qui ont été tués par des tirs français et non allemands. Stupéfait, il est K.O debout.

Pradelle le suit afin de faire disparaître les corps et envoie Maillard d’un coup de coude dans un cratère. Le soldat est aussitôt recouvert de terre par le souffle d’une nouvelle explosion et enterré vivant.

Il croit sa dernière heure arrivée, gisant par quelques mètres de profondeur en compagnie d’une tête de cheval qui le regarde fixement. Mais c’est alors que la chance lui sourit. Un de ses camarades l’entend et se met à creuser malgré sa blessure à la jambe qui le fait atrocement souffrir et qui le laissera boiteux à vie. Edouard Péricourt parvient à dégager Albert mais reçoit un éclat d’obus.

Maillard est sain et sauf, sans une égratignure, ce qui n’est pas le cas de Péricourt qui se retrouve avec un trou béant en pleine face. Par cette ironie du sort, les deux hommes, pourtant de milieux sociaux très différents, Péricourt étant le fils d’un homme riche et puissant, le comptable et le peintre, sont liés à jamais et Maillard va se démener pour que son sauveur soit pris en charge le plus rapidement possible et dans les meilleures conditions…

Voilà un roman que j’avais envie de lire depuis sa parution en grand format en 2013 et avant son couronnement par l’académie Goncourt la même année. Je me suis donc jetée sur la version poche qui a croupi dans ma PAL deux longues années avant que Belette me propose de le lire avec moi.

Il y a des livres que l’on sait que l’on va adorer et pourtant ils restent dans nos PAL alors que d’autres en sortent très vite. Au revoir là-haut est de ceux-là. J’étais sûre de l’aimer car j’avais apprécié la plume de Pierre Lemaitre lors de ma lecture de Robe de mariée et surtout pour son contexte historique.

Vous ne le savez peut-être pas mais j’affectionne tout particulièrement cette période de notre histoire, non parce que j’adore les guerres, mais parce que je trouve les poilus, qui ont eu une vie si dure dans les tranchées, très touchants.

Et parce que je m’intéresse à un sujet en particulier : le sort des gueules cassées. Un sujet grave et émouvant que l’on retrouve ans plusieurs romans ces dernières années dont le très beau roman de Marc Dugain, La chambre des officiers et que l’on retrouve ici puisque l’un des deux héros, Edouard, se retrouve avec un trou béant en pleine face comme je le disais plus haut.

Fresque cruelle et grand roman sur l’après-guerre de 1914, voilà ce qu’est Au revoir là haut, un récit puissant et évocateur sur la vie des rescapés de celle que l’on a surnommé La der des der. Des hommes traumatisés pour bon nombre d’entre eux, on le serait à moins, et dont on s’est finalement peu souciés, une fois la victoire sur l’Allemagne remportée. Seuls comptaient alors les morts et leurs souvenirs, les vivants étaient eux bien encombrants. C’est ce qui va donner à Edouard l’idée d’une sacrée escroquerie.

Les valides sont retournés autant que possible à la vie civile bien que leurs places étaient prises par d’autres et qu’ils ont souvent connus le chômage. Quant aux fracassés, ceux qui n’avaient plus de visage, amputés d’un ou plusieurs membres ou rendus fous, peu de chance pour eux de vivre une vie normale à nouveau.

Ce roman s’intéresse plus particulièrement à trois personnages : Albert Maillard, le faible à la vie terne, écrasé par une mère toute puissante, qui tremble devant les puissants. Edouard, l’esthète qui menait une vie facile dans l’hôtel particulier de son père, qui refuse toute idée de chirurgie réparatrice et qui va trouver un moyen de se venger de la société. Et Pradelle, dernier né d’une famille noble désormais ruiné qui va profiter de l’après guerre pour faire fortune d’une manière absolument abjecte.

Pierre Lemaitre nous donne à lire l’histoire de ces trois escrocs et pendant plus de 600 pages, et oui c’est une belle brique, on va suivre leurs aventures. Ici pas de longueurs, ce qui est tout de même un exploit au vu de l’épaisseur du roman, c’est au contraire un véritable page-turner. Car ce récit est tellement foisonnant et construit à la manière d’un thriller que l’on ne s’ennuie pas une seconde. Mieux encore, l’auteur qui vient du polar, fait monter la pression sur ces personnage, instille un certain degré de suspens qui va crescendo.

Roman passionnant, fresque d’une rare cruauté, remarquable par son architecture et sa puissance d’évocation, Au revoir là-haut est un grand roman de l’après-guerre de 14 : de l’illusion de l’armistice, de l’État qui glorifie ses disparus et se débarrasse de vivants trop encombrants.

Dans l’atmosphère de ces lendemains qui déchantent, peuplée de lâches reçus en héros, Pierre Lemaitre raconte avec talent le récit de cette génération perdue. Un roman que je vous conseille absolument !

Un grand merci à Belette pour m’avoir accompagné dans cette lecture, vous pouvez retrouver son avis ici.

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Lu dans le cadre des challenges Première guerre mondiale  et 1 pavé par mois  :

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Durant les cinq premiers jours de novembre 1920, l’Angleterre attend l’arrivée du Soldat inconnu, rapatrié depuis la France. Alors que le pays est en deuil et que tant d’hommes ont disparu, cette cérémonie d’hommage est bien plus qu’un simple symbole, elle recueille la peine d’une nation entière. A Londres, trois femmes vont vivre ces journées à leur manière. Evelyn, dont le fiancé a été tué et qui travaille au bureau des pensions de l’armée ; Ada, qui ne cesse d’apercevoir son fils pourtant tombé au front ; et Hettie, qui accompagne tous les soirs d’anciens soldats sur la piste du Hammersmith Palais pour six pence la danse. Dans une ville peuplée d’hommes incapables de retrouver leur place au sein d’une société qui ne les comprend pas, rongés par les horreurs vécues, souvent mutiques, ces femmes cherchent l’équilibre entre la mémoire et la vie. Et lorsque les langues se délient, les coeurs s’apaisent.heart_4le-chagrin-des-vivants-anna-hope

7 novembre 1920, un corps est déterré sur le sol français, c’est celui d’un homme non identifié et choisi pour cette raison pour représenter tous les hommes morts pendant la première guerre mondiale, le soldat inconnu anglais.

Pendant ce temps-là à Londres, Evelyn, 30 ans, tente d’oublier la mort de Frazer son fiancé, en travaillant au bureau des pensions et reçoit donc de nombreux rescapés éclopés et nécessiteux en quête d’une pension pour améliorer l’ordinaire ou survivre. Hettie, 19 ans, rêve d’une coupe à la garçonne et d’une autre vie mais en attendant elle danse chaque soir avec des anciens combattants pour quelques pièces. Et Ada, 50 ans, femme au foyer, demeure inconsolable de la mort de son fils unique et semble le voir à chaque coin de rue.

Dans Le chagrin des vivants, son premier roman, Anna Hope nous relate la vie de trois femmes : Ada, Evelyn et Hettie pendant les cinq jours qui précédent l’arrivée à Londres du cercueil du soldat inconnu, le 11 novembre 1920.

Le roman s’ouvre donc le dimanche 7 novembre et se referme le jeudi 11 novembre 1920, une unité de temps très courte mais en seulement cinq petits jours, il va se passer beaucoup d’évènements dans la vie de nos trois héroïnes.

Trois femmes d’âges et de conditions sociales différentes mais qui ont toutes un point commun : la première guerre mondiale et ses ravages : Ada a perdu son fils unique Michaël, le fiancé d’Evelyn est tombé au champ d’honneur et Fred, le frère de Hettie, est certes revenu mais atteint d’un stress post-traumatique qui n’a pas encore de nom, en proie à des terreurs et à des cauchemars, incapable de mener une vie normale.

Mais elles sont toutes liées entre elles sans le savoir par Ed, le frère d’Evelyn qui était le capitaine du fils d’Ada et l’amoureux de Hettie. Trois histoires et trois destins imbriqués l’un dans l’autre, dans un puzzle savamment orchestré par Anna Hope.

Parallèlement à ce récit, on suit tout au long de ces cinq jours, le cheminement du soldat inconnu anglais depuis le sol français dans lequel il était enterré jusqu’à son arrivée à Londres et la cérémonie d’hommage.

Cet évènement sert de fil rouge au livre, comme une montée en puissance qui, au-delà de la commémoration, marquera en quelque sorte la fin d’un deuil de 2 ans et permettra peut-être aux survivants de cette guerre de tourner la page et d’oser construire une nouvelle vie.

Plus largement, Le chagrin des vivants raconte avec pudeur et sensibilité la société anglaise de l’immédiat après-guerre qui côtoie en permanence des spectres dans les rues, des hommes mutilés ou traumatisés par les conflits. Et des femmes qui ont du prendre la place des hommes.

Anna Hope a fait ici un remarquable travail de reconstitution et signe un très beau roman sur les séquelles de la première guerre mondiale, le deuil et son acceptation, sur la vie qui continue et sur l’espoir.

Un roman qui m’a beaucoup plu et ému que je vous invite à découvrir si ces thématiques vous intéressent en sachant toutefois qu’il y a des passages vraiment bouleversants qui m’ont mis la larme à l’oeil.

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Lu dans le cadre des challenges Première guerre mondiale et  A tous prix (Prix Gulli du roman 2014) :

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Un siècle les sépare… Hadrien et Adrien sont deux garçons de treize ans qui habitent à quelques kilomètres l’un de l’autre, en Picardie. Ils ont des problèmes à l’école, à la maison et avec les filles, comme la plupart des garçons de leur âge. Il n’y a qu’une seule chose qui les sépare : Hadrien vit en 1914 et Adrien en 2014. Leurs destins vont mystérieusement se mêler, leur permettant d’échanger du courrier alors qu’ils croient chacun écrire à un cousin éloigné !heart_4auteur-editeur-pages14-14-silene-edgar-paul-beorn

1er janvier 2014, Adrien, 13 ans, a rendez-vous dans le cimetière de Laon avec sa meilleure amie Marion. Il est secrètement amoureux d’elle depuis toujours mais n’ose lui avouer ses sentiments. Ce jour-là, Marion annule leur rencontre par texto et lui annonce qu’elle sort avec le beau Franck.

1er janvier 1914, Hadrien, 13 ans, s’est réfugié au cimetière de Corbeny, pour lire tranquillement son illustré. Son père, paysan, qui ne sait pas lire, ne comprend pas la passion de son fils pour la lecture et pour les études. Le garçon veut en effet passer le certificat d’études et entrer au petit lycée de Laon afin de devenir ingénieur.

Par un concours de circonstances, deux boîtes à lettres bleues en l’occurrence, sises en face de chez eux, Hadrien et Adrien vont être amenés à échanger une correspondance, croyant chacun s’adresser à son cousin, et se confier leurs problèmes communs d’adolescents. L’un est studieux, l’autre non. L’un vit à la ville, l’autre à la campagne.

Vingt kilomètres séparent seulement ces deux garçons de treize ans mais aussi cent ans. Ils vivent en effet à un siècle d’écart mais ils vont mettre longtemps à s’en rendre compte même si leurs timbres diffèrent, que l’un écrit à l’aide d’une plume Sergent Major et que l’autre habite rue Jean Jaurès lorsque celui-ci n’est qu’un agitateur pour beaucoup de ses contemporains.

Que vous dire sinon que j’ai beaucoup aimé ce roman d’amitié que je conseillerai à partir de 11 ans mais qui s’adresse tout aussi bien aux adultes. Les deux garçons, malgré le siècle qui les sépare, ont beaucoup de points communs, c’est ce qu’ils vont découvrir et nous aussi, au fil de leur correspondance.

Les enfants prendront conscience à cette lecture du gouffre qui nous sépare de cette époque, de l’évolution de la société française en un siècle, notamment grâce à l’essor de la médecine et la création de la sécurité sociale.

Et puis surtout, 14-14 n’est pas un roman sur la guerre mais plutôt sur comment changer le cours des choses. Les deux garçons s’écrivent quelques mois à peine avant le début du conflit et Adrien fera tout pour qu’Hadrien et sa famille quittent leur village, qui sera totalement rasé, et la région qui a subi les bombardements et les massacres de civils.

Silène Edgar et Paul Beorn nous proposent ici un roman plein d’humanité, d’entraide, très vivant et haletant, j’ai littéralement dévoré ce roman que j’ai lu presque d’une traite tant il m’a happée.

Un livre que je recommande donc aux jeunes lecteurs, qui aborde des sujets qui les touchent à l’entrée dans l’adolescence sur un fond historique. On y parle de la 1ère guerre mondiale à travers les recherches que fait Adrien, des conditions de vie en 1914 et la manière de penser de l’époque grâce à Hadrien.

Les personnages sont très attachants et j’ai passé un très agréablement moment en leur compagnie, à lire absolument si le sujet vous intéresse !

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Lu dans le cadre des challenges Première guerre mondiale et 1 pavé par mois :

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Solange, dix-sept ans, court les bals parisiens en compagnie de Clémence et Lili. Naïve, la tête pleine de rêve, elle se laisse séduire par Robert Maximilien et accepte de l’épouser. Mais son prince est un tyran jaloux, qui ne la sort que pour l’exhiber lors de dîners mondains. Coincée entre Robert et Emma, sa vieille tante aigrie, Solange étouffe à petit feu. Heureusement Lili la délurée et la douce Clémence sont là pour la soutenir. Quand la première guerre mondiale éclate, Robert est envoyé sur le front. C’est l’occasion pour Solange de s’affranchir de la domination de son mari et de commencer enfin à vivre, dans une ville où les femmes s’organisent peu à peu sans les hommes…

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Auvers sur Oise c’est l’enfer, Paris c’est le paradis ! Solange a dix-sept ans à peine lorsqu’un matin elle quitte Auvers sur Oise, direction la capitale. Elle laisse sans regret ce village et surtout son père, un homme tyrannique et buveur qui la frappe quotidiennement et c’est justement après une rouste de trop que la jeune fille décide de prendre son destin en main et toutes les économies de son géniteur.

Arrivée à Paris, elle part à la recherche de sa meilleure amie Lili, installée depuis quelques mois déjà dans la ville lumière. Chanteuse dans des caf’ con’ de Montmartre et d’ailleurs, sous la férule de Dranem, un chansonnier célèbre, elle va héberger Solange le temps qu’elle se trouve un emploi.

Solange ne rêve pas de gloire ni de scène, elle devient donc cousette dans un atelier où les filles sont mal payées et corvéables à merci. Là, elle fera la connaissance de Clémence et Marthe qui vont devenir ses amies et avec qui elle courra les bals et les cinémas.

La jeune femme ne rêve pas du grand amour mais son estomac va papillonner lorsqu’elle va croiser la route d’Aurélien qui lui offrira un scarabée d’or. Leur histoire va hélas tourner court et Solange va épouser Robert, un homme qu’elle n’aime pas mais qui va lui permettre d’accéder à la bourgeoisie.

Robert sait bien que son amour est à sens unique mais il compte sur Solange pour s’occuper de sa vieille tante Emma et surtout lui donner un fils. Le deal semble équitable mais Robert se montre jaloux et possessif, soupçonneux pour un rien, et ne tarde pas à donner des coups.

Les mois passent et l’enfant tant attendu ne vient pas jusqu’au jour où l’heureux évènement s’annonce enfin mais Solange fait une fausse couche et l’ire de Robert sera terrible.

L’enfer conjugal de Solange semble alors sans fin lorsque la guerre est déclarée en août 1914 et Robert mobilisé…

Charlotte Bousquet nous propose ici un roman sur la première guerre mondiale et le destin des femmes absolument bouleversant. Elle décrit avec réalisme les conditions de vie des femmes avant et pendant la première guerre mondiale, un thème passionnant et très bien exploité.

De l’été 1912 à l’hiver 1920, on va suivre le parcours de Solange, le personnage principal, et celui de ses amies. Des femmes très différentes par leurs caractères, leur émancipation (ou non) et leurs parcours et qui permettent à l’auteure d’aborder toutes les facettes de la condition féminine (bourgeoise, ouvrière, fermière, domestique…).

Charlotte Bousquet aborde aussi les violences faites aux femmes, que ce soit à leur domicile et le fait de leur père ou leur mari, et dans leur travail. Elle met également en lumière la dure vie des femmes à l’arrière alors que les hommes sont au front.

On oublie trop que ces travailleuses en usine risquaient leur vie et que plus d’une en est morte, est devenue estropiée ou défigurée. Et, cerise sur le gâteau, les hommes les accusaient souvent de mener une vie facile et insouciante loin d’eux, voire de les tromper !

Là où tombent les anges est un roman tellement réaliste qu’il en est poignant. L’auteure insère dans chaque chapitre des extraits de journaux de l’époque, d’extraits du journal intime de Solange et les correspondances des différents protagonistes, ce qui accentue encore davantage l’impression de réalisme et de violence.

Le roman vous happe et ne vous lâche plus, il fut difficile pour moi de reposer ce livre tant je tremblais et j’espérais pour nos quatre héroïnes, en un mot : une belle réussite !

Un bémol toutefois, j’ai eu un peu de mal avec le style abrupt et sec de Charlotte Bousquet et l’entremêlement des correspondances en plein milieu du récit, il m’a fallu plusieurs chapitres pour m’y faire.

Il n’empêche que si vous vous intéressez à la première guerre mondiale ou aux conditions de vie des femmes de 1910 à 1920, c’est LE livre à lire absolument tant il est riche et offre un panorama complet.

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Dans une petite ville du Berry, écrasée par la chaleur de l’été, en 1919, un héros de la guerre est retenu prisonnier au fond d’une caserne déserte. Devant la porte, son chien tout cabossé aboie jour et nuit. Non loin de là, dans la campagne, une jeune femme usée par le travail de la terre, trop instruite cependant pour être une simple paysanne, attend et espère. Le juge qui arrive pour démêler cette affaire est un aristocrate dont la guerre a fait vaciller les principes. Trois personnages et, au milieu d’eux, un chien, qui détient la clef du drame…

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14 Juillet 1919 dans un petit village du Berry. Première fête nationale de l’après-guerre, l’occasion pour les politiques et les militaires de défiler avec leurs médailles. Quelques poilus sont là lorsqu’éclate un incident causé par l’un d’entre eux, un dénommé Jacques Morlac, revenu du front d’Orient.

L’homme est arrêté sur le temps et emmené en prison, il attend dans une cellule de la prison déserte qu’un juge militaire vienne l’interroger.

La chaleur est écrasante et un chien aboie jour et nuit devant la prison, c’est celui du prévenu et ses aboiements rendent fou Dujeux chargé de le surveiller. Heureusement pour lui, le juge arrive pour interroger Morlac. Le chef d’escadron Hugues Lantier du Grez est un parisien issu de la droite chrétienne qui n’a qu’une hâte, rejoindre les siens, cette affaire signera la fin de sa mobilisation.

Il a fait la Marne et regarde avec un certain mépris ce caporal décoré de la légion d’honneur, planqué selon lui à Salonique. Cependant, la clémence le gagne vite et il veut terminer sa carrière sur un acquittement, il propose alors à l’accusé plusieurs échappatoires que celui-ci refuse obstinément.

Morlac persiste et signe, son geste il en est fier et il veut qu’on entende ce qu’il a à dire : « Mes actes, j’en suis responsable et je ne vois aucune raison de m’en excuser »… Qu’a-t-il pu faire pour atterir dans une geôle ? On ne le saura que dans les dernières pages du livre.

Cela faisait longtemps que je voulais découvrir la plume de Jean-Christophe Rufin, c’est désormais chose faite et cette première lecture ne sera pas la dernière ! J’ai beaucoup aimé le style Rufin mais aussi cette histoire courte mais dense.

L’histoire d’une rencontre entre deux hommes que tout oppose et que seule la guerre a réuni mais aussi l’histoire d’un amour fort entre Morlac et Valentine qui attend son retour depuis la fin de la guerre.

Mais Le collier rouge c’est plus que ça encore. Rufin nous parle de la bêtise de la guerre, des combats, nous raconte le front, les tranchées, les armes qui ne sont faites que pour tuer, les fraternisations, les pacifistes qui se cachaient pour ne pas finir devant le peloton d’exécution.

C’est un long interrogatoire auquel on assiste, à l’issue duquel le juge devra dresser un procès verbal, rendre son verdict. Un interrogatoire qui petit à petit se mue en une conversation, un échange d’idées entre les deux hommes, comme dans La femme aux fleurs de papier de Donato Carrisi.

Lantier est un homme à l’écoute, il va rendre la justice mais avant il enquête sur le passé de Morlac, le confesse en quelque sorte, et veut surtout rendre un verdict objectif et juste. Il se rend compte aussi que dans les campagnes, les militaires n’ont pas bonne presse. Ceux qui ont perdu leurs fils au nom de la patrie se rangent du côté de Morlac et une condamnation ne ferait qu’envenimer les choses.

Jean-Christophe Rufin analyse ici très finement la fidélité sous toutes ses formes et signe avec Le collier rouge un très bon roman tout en pudeur et sensibilité.

heart_4Lu dans le cadre du challenge Première guerre mondiale  :

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